___Mon estomac se serra, mon coeur fît un bond hors de ma poitrine, une goutte de sueur perla sur ma tempe. Brûla dans ma mémoire l'image de ce bel ange qui avait passé avec moi sa jeunesse. Cette femme n'était autre qu'Hélène, mon ''amour adolescent'' que jamais mon coeur ni mon esprit n'avaient pu effacer. Elle était toujours belle, bien que la douceur de sa blanche peau m'eût semblé avoir disparu, et resplendissante, bien que marquée par la fatigue.
___Elle portait une robe noire aussi simple qu'élégante, sertie de brillants à laquelle s'ajoutait un sautoir de perles d'un blanc pur assorti à ses cheveux blancs tirés en un chignon strict d'où émergeait une délicate rose rouge. Ces atours soulignaient la magnificence de ses traits vieillis par le temps et les épreuves.
___Sa fragilité d'antan qui la rendait si vulnérable [à mes yeux] s'était envolée. Son regard noir et profond accompagné de cernes lui donnait la gravité d'un regard ayant vu bien plus qu'il n'en laisse entendre. Malgré cette apparente dureté, ses pattes d'oie témoignaient des éclats de rire passés, dont certains en ma compagnie, qui avaient fait d'elle une femme accomplie et sereine. Sur son front transparaissaient des rides que seuls ses froncements de réflexion et d'inquiétude avaient creusées.
___Ses mains flétries qui autrefois avaient tenu les miennes s'agitaient pour illustrer d'intelligents propos et exhibaient un diamant éclatant, à l'instar de sa beauté que les rides ne pouvaient altérer, fussent elles gravées aussi profondément que possible.
___Lui restaient son charisme qui la faisait se distinguer de manière admirable au sein de n'importe quel groupe de personnes qui paraissaient alors évincées par cette authentique dame de coeur, et sa vivacité d'esprit que j'aimais tant autrefois et dont la rapidité surprenait même les plus avertis.
___Ses yeux emprunts de sagesse durement acquise scrutaient les environs et examinaient chaque mouvement, chaque geste, chaque détail de chaque individu. Ils finirent par se poser sur ma personne. S'abattit soudain en moi la conscience du fait que je voyais en elle le reflet de ma propre vieillesse. Cette fleur jadis à peine éclose et qui maintenant depuis quelques temps déjà avait commencé à flétrir rappelait à ma mémoire les temps que nous avions passé ensemble.
___Combien de printemps depuis avons nous vécu pour acquérir cet aspect vénérable mais ô combien témoin de notre mort prochaine ?
___Dans son regard que ma présence désormais connue avait illuminé brillait une jeunesse insoupçonnée qui m'émeut au plus profond de moi.
___Finalement, je retrouvais ma vigueur d'antan et il me vint l'envie d'encore une fois l'inviter à danser, à entreprendre une valse à travers les temps pour retrouver dans ses bras notre jeunesse passée, notre fraîcheur d'avant et nos rires innocents. Je la saisis par la main, tremblotant comme un naïf et timide adolescent, et le coeur emballé, l'entraîna loin de toutes ces marques de vieillissement, pour un temps seulement nous éloigner et oublier la funèbre proximité de la mort.
![BAC FRANCAIS [[Objet d’étude : Le roman et ses personnages, vision de l’homme et du monde.]] Ecrit d’invention à partir du texte de Proust : “Le narrateur du Temps retrouvé croise une femme qu’il a aimée dans sa jeunesse et pour laquelle il conserve une vive affection. Il perçoit, sous ses traits vieillissants, les traces de sa beauté d’autrefois. En vous inspirant de l’extrait proposé, vous imaginerez la description qu’il pourrait en faire.](http://f3.img.v4.skyrock.net/f39/magic-lily/pics/1839637943_small_1.jpg)